Un musicien qui écrivait dans les marges.
Erik Satie (1866–1925)
Page à part. Les repères qui suivent sont de notoriété publique ; les dates données « vers » restent discutées par les spécialistes. À vérifier sur les éditions des partitions avant toute citation dans un travail.
Les marginalia
Satie remplace les indications d'exécution habituelles (andante, piano…) par des consignes poétiques, ironiques ou intimes, adressées à l'interprète seul : le public ne les entend jamais. Le texte vit dans la partition comme un second livret, caché.
Gnossiennes (1890, publiées plus tard)
« Très luisant » · « Questionnez » · « Du bout de la pensée » · « Postulez en vous-même » · « Sur la langue » · « Ouvrez la tête » · « Munissez-vous de clairvoyance » · « Seul, pendant un instant » · « Très perdu » · « Conseillez-vous soigneusement » · « Avec une légère intimité » · « Sans orgueil »
Vexations (vers 1893)
« Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses. »
Embryons desséchés (1913)
« Comme un rossignol qui a mal aux dents » — les pièces de 1912–1914 multiplient ces textes en marge, courts récits burlesques glissés entre les portées.
Vie et œuvre
- 1866 — Naissance à Honfleur, le 17 mai.
- 1879–1886 — Conservatoire de Paris, études jugées médiocres par ses professeurs.
- 1887–1888 — Montmartre, cabaret du Chat Noir ; Sarabandes, puis les trois Gymnopédies (1888).
- 1890 — Gnossiennes ; années rosicruciennes auprès de Joséphin Péladan.
- 1893 — Liaison avec Suzanne Valadon, la seule qu'on lui connaisse.
- 1898 — S'installe à Arcueil, où il vivra jusqu'à sa mort ; la chambre ne sera ouverte qu'après.
- 1903 — Trois morceaux en forme de poire, pour piano à quatre mains.
- 1905–1908 — Reprend des études à la Schola Cantorum (contrepoint avec Albert Roussel), diplôme en 1908.
- 1912–1914 — Pièces humoristiques pour piano, marginalia ; Sports et divertissements (1914).
- 1917 — Parade, ballet avec Cocteau, Picasso et les Ballets russes de Diaghilev : scandale.
- 1918 — Socrate, drame symphonique sur des textes de Platon.
- 1920 — « Musique d'ameublement ».
- 1924 — Relâche, avec Picabia, et le film Entr'acte de René Clair.
- 1925 — Mort à Paris, le 1er juillet.
En regard de la méthode
Hypothèse de lecture, à éprouver : les marginalia sont une contrainte d'écriture au sens de l'Oulipo (un texte logé dans un espace réglé), un objet idéal pour Riffaterre (des agrammaticalités qui signalent une matrice), et une voix d'humble à la Saramago (le « pauvre Monsieur d'Arcueil »). Elles rejoignent aussi les partitions du foyer — clarinette, contrebasse, trombone — où une consigne en marge pourrait devenir un lieu d'écriture.