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Chroniques · non daté

Le printemps est arrivé

5 avril 2011 · Chroniques · Abou Dabi Le printemps est arrivé Du Salon du livre d’Abou Dabi aux bouleversements du Golfe, avant le départ pour Lomé. Le printemps est arrivé alors que je passais l'essentiel de mes jours à régler le ballet des éditeurs, auteurs et officiels participant au salon du livre d'Abou Dabi. En cadeau, trois reliques : la version arabe d'un projet de coopération culturelle signé à cette occasion, et qui fera date, une pub de lancement diffusée sur la bande FM aboudabienne, et la photo d'une foule enthousiaste à la présentation des trésors de l'édition française contemporaine.

L'idée (stupide) d'organiser à cette occasion une exposition (cauchemardesque) d'art moderne et contemporain m'a rendu incollable sur Amande In mais aussi toutes les garanties de l'assurance « clou à clou », qui console parfaitement les tableaux, statues et autres objets précieux des petits soucis de l'existence en expatriation - tags noirs sur le nez de la Joconde, ou ma tasse de café renversée sur un Saül Steinberg au moment du remballage. Celle-là a failli arriver, j'en aurais évidemment accusé un ouvrier pakistanais.

Confiant dans la stabilité physique et politique des Emirats, j'avais choisi de ne pas cocher l'option tremblement de terre et risque terroriste. C'est l'occasion, si cela vous intéresse, de vous donner quelques informations plus sérieuses sur la situation dans le Golfe. Extraits d'une note interne. Bahreïn : le point le plus chaud du Golfe Les troubles se poursuivent sans interruption depuis la mi-février sur fond de tensions entre chiites et sunnites. L’intervention violente des forces de l’ordre le 17 février a fait plusieurs morts.

Le Roi hésite entre fermeté et ouverture et le dialogue national annoncé n’a pas démarré. L’évolution de la situation inquiète les monarchies de la région. L’intervention le 14 mars, à la demande des autorités de Manama, de forces du Conseil de coopération du Golfe, en particulier saoudiennes, marque une évolution importante qui soulève plusieurs interrogations, sur les raisons de ce déploiement de forces (présenté comme venant « en réaction » aux troubles survenus le 13 mars, mais qui paraît s’inscrire dans un plan concerté par les pays voisins, soucieux de reprendre la main, face à une situation jugée trop volatile et dont Téhéran pourrait profiter) et sur ses effets (risque d’attiser les tensions et de radicaliser l’opposition).

Un volet « sécuritaire » complète ainsi l’aide économique annoncée la semaine dernière par le CCEAG (fonds de 20 Mds USD pour Oman et Bahreïn). La brutale évacuation de la Place de la Perle, qui a fait plusieurs morts quelques jours après l'entrée des forces du CCEAG sur le territoire bahreinien a encore fait monter la tension. Yémen : la pays le plus fragile, la situation la plus inquiétante Aux fragilités traditionnelles du Yémen (rébellion houthiste - chiite - au nord, irrédentisme au sud, faiblesse de l’Etat central, tribalisme, sous-développement, exposition au risque terroriste) s’ajoute désormais une contestation permanente inspirée des révoltes tunisienne et égyptienne.

Le président Saleh s’accroche au pouvoir et ne consent des réformes qu’au compte-gouttes. La répression de la contestation est violente et a fait de nombreuses victimes. Le dialogue national, demandé par la communauté internationale avant même le début du « printemps arabe », est bloqué. On ne peut exclure qu’une aggravation de la crise politique ait des répercussions plus larges sur la stabilité du pays. Un scénario d’embrasement général est possible. Les événements du 18 mars, qui ont fait une cinquantaine de morts, sont, à cet égard, alarmants.

Oman : où la révolte atteint un pays a priori peu exposé Pays calme par excellence, le sultanat a été frappé par des émeutes à Sohar le 27 février. Si celles-ci sont restées d’ampleur limitée, leur répression a fait des victimes. Soucieux de donner des gages avant que la situation ne dégénère, le Sultan a décidé un remaniement ministériel sans précédent, marqué par le renvoi de 12 ministres, dont les ministres perçus comme les plus corrompus. Des réformes visant à accorder des pouvoirs législatifs à l’assemblée consultative ont également été annoncées.

Les manifestations, d'une ampleur limitée à quelques centaines de personnes, se poursuivent de manière pacifique dans les principales villes du pays, autour de revendications essentiellement sociales (davantage de mesures contre le chômage et la cherté de la vie). Oman sera également bénéficiaire du fonds de 20 Mds USD annoncé le 10 mars par le Conseil de coopération du Golfe. Arabie saoudite : la grande inconnue Conservateur et riche de la manne pétrolière, le pays paraît peu propice à la révolution.

Pourtant, l'inquiétude des dirigeants est forte. Le pays connait de fortes tensions sociales. Le vent de la révolte est désormais aux portes du Royaume (Bahreïn, Yémen, Oman, Egypte) et pourrait s’y propager, notamment dans sa province orientale à majorité chiite (et où se trouvent 80% des ressources pétrolières). Une pétition d’intellectuels circule, qui réclame l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. De manière préventive, le Roi a annoncé une série de mesures sociales (36 Mds USD). Des décisions politiques sont également attendues : remaniement ministériel significatif et réformes politiques.

Le Royaume a en revanche interdit toute manifestation et réagi vivement aux déclarations américaines appelant au respect du droit de manifester (nos propres déclarations sur ce sujet n’ont pas été relevées). Plusieurs manifestations se sont néanmoins déroulées ces deux dernières semaines dans la zone chiite (quelques centaines de personnes, trois blessés le 10 mars). L’appel à une "journée de la colère" le 11 mars n'a pas été suivi, à l’exception de rassemblements très circonscrits dans la province orientale.

Une déstabilisation de l’Arabie saoudite aurait des conséquences très lourdes. Koweït, Qatar

Source : dist/chroniques/le-printemps-est-arrive/index.html — archive Tilleul v198, texte extrait le 29 septembre 2026.